Contexte historique

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Les Etats-Unis dans les années 60

Afin de pouvoir aborder le sujet sous un angle artistique et technique il me semble important d’écrire quelques lignes sur le contexte historique des Etats-Unis dans les années soixante. Il est en effet primordial de comprendre les causes de l’apparition et de la popularité de la soul. Comment expliquer la popularité de la musique noire à cette époque ?

Les années 60 sont des années de lutte pour les droits civiques aux Etats Unis, elles surviennent 100 ans après le début de la guerre de Sécession. Guerre qui opposait les Etats confédérés d’Amérique (groupement d’Etats du Sud des USA) au gouvernement des Etats Unis. Après l’élection d’Abraham Lincoln en 1860, les Etats du sud s’opposent à l’abolition de l’esclavage, plus acceptée dans le Nord du pays, qui a commencé l’industrialisation de son économie depuis 1815.
Le sud plus conservateur compte sur leur économie agricole et sur l’esclavage. La guerre de Sécession se termine en 1865 en officialisant l’abolition de l’esclavage aux Etats-Unis et en unifiant tous les états en une nation unie et indivisible. Cependant les Etats du sud n’appliquent pas rapidement le respect pas les droits civiques des noirs qui émigrent massivement vers le Nord du pays pour fuir la ségrégation et les organisations terroristes comme le Ku Klux Klan.

Au début des années 1960 la situation est au point mort, la ségrégation raciale est toujours très présente, les noirs souffrent du chômage, de manque de rémunération d’un taux d’illettrisme élevé et de manque de reconnaissance culturelle.

Le mouvement « Black is beautiful » émerge ; représenté par des sportifs, des artistes et acteurs noir Américains. Leur revendication est une meilleure représentation des rôles des Afro-Américains dans la culture populaire pour sortir des stéréotypes des « amuseurs » et des servants.
Les Afro-Américains ont s’identifient à des icônes qui leur montrent d’autres réalités : Malcolm X, Martin Luther King Jr, Mohamed Ali, les « Freedom Riders » et bien sûr, puisque c’est notre sujet ici, des musiciens et des chanteurs comme James Brown, Diana Ross, Stevie Wonder, Smokey Robinson, Isaac Hayes, Rufus thomas et bien d’autres encore.

C’est dans ce contexte que les artistes Soul des années 60 émergent dans un climat de tension sociale fort, ils sont des modèles pour des millions de jeunes aux Etats-Unis et finalement dans le monde entier. Ils seront des acteurs des lutte contre une société raciste.
Deux Amériques se font face : le Nord et le Sud, l’Amérique urbaine et l’Amérique rurale, l’Amérique industrialisée et l’Amérique agricole basée sur l’esclavage.

Figure 1 - Capture d'écran du site musicmap.info



La Soul dans les années 60

Aux Etats-Unis dans les années soixante il existe deux studios phare qui produisent une grande partie de la Soul populaire. Ils sont généralement opposées, d’un côté Motown basé à Détroit, de l’autre Stax basé à Memphis. Les deux labels ouvrent à la fin des années 50.

Ouvert en 1958 par Jim Stewart et sa sœur Estelle Axton, Stax à une direction artistique plutot traditionnelle, le label pioche dans les influences du gospel traditionnel du R&B et de la country. Le résultat de ce mélange donne des morceaux aux tempos plutôt lents sur des thèmes liés aux sentiments.
Le son Stax est brut et le restera jusqu’en 75 à sa fermeture pour dépôt de bilan. Les mix de la Stax sont jugés en retard par rapport au marché et aux standards radiophoniques et seront régulièrement refusés dans les radios dans la deuxième partie de la décennie 60.

Figure 2 - Capture d'écran du site musicmap.info

La concurrence est rude avec leur plus grand rival : la Motown. Berry Gordy, son créateur, a d’ailleurs nommé son studio « Hitsville U.S.A ». Son but en créant son propre label en 1959 est de créer une véritable « usine à tube » qui fera de la musique noire une musique populaire. Il organise des contrôles qualité inspirés des usines Ford dans lesquels il a travaillé avant de trouver sa voie dans la musique. Les influences de la Motown sont plus modernes et plus pop que son concurrent (gospel moderne, R&B, les crooners, pop…)
Les deux copies d’écran proviennent du site musicmap.info qui répertorie un très grand nombre de genre et de styles musicaux du XVIIe siècle à maintenant dans une carte interactive. Chaque couleur représente un genre (appelé super-genre sur le site). En zoomant on peut voir la chronologie des styles musicaux à l’intérieur des genres, les traits blancs symbolisent les liens de descendance et d’ascendance qui existent entre les styles.

Le site musicmap.info est disponible dans l'encart suivant. Pour pouvoir intéragir avec il est nécessaire d'accepter les cookies et de fermer la fenêtre de la boutique du site.

On voit sur les deux premières copies d’écran de musicmap.info que Motown tire ses influences de styles musicaux moins anciens que la Stax. Bien que classé dans le genre Rythm N’Blues la Soul de Détroit reprend la musique du gospel moderne qui émerge après la seconde guerre mondiale. Le thème des chansons gospel est forcément lié à la religion et aux messages de dieu et leur instrumentation est très légère. Généralement un piano ou une guitare accompagnée par un quatuor de choriste et un ou une soliste.

Le Rythm N’Blues quant à lui est plus rythmé avec un battement puissant joué par une batterie. Ce style musicale se démarque du blues par la volonté de mettre en avant un leader à forte personnalité et en mettant l’accent sur les albums dans le but de toucher une audience plus grande; c’est une évolution majeure vers la musique populaire.
Le thème de la pop est plus léger, généralement sur des relations amoureuses, le sexe ou la danse. Dans les années 50 la pop est chantée par des « crooners ». Des chanteurs de charme, qui adoptent un style de chant chaleureux et intimiste.

La Soul de Memphis pour sa part adopte un style plus spontané et plus sincère. Les artistes écrivent eux même leurs paroles. Son tempo généralement lent et ses thèmes pleins d’espoir qui racontent des histoires d’amour intenses lui ont valu le surnom de « Deep Soul ». Une variante de la soul plus émotionnelle, sensuelle que les tubes industriels de la Motown.
La Stax s’inspire du gospel traditionnel du début du XXe siècle et lui emprunte sa thématique de l’espoir ainsi que ses chœurs.

On remarque sur la première copie d’écran que les artistes de Memphis sont inspirés par le blues et le gospel (colonne bleue) sans prêter attention à la musique populaire (colonne jaune).
La Soul de Memphis donnera par la suite les bases pour le funk.