Après avoir exploré différentes stratégies et techniques mises en place dans le but de reproduire le
son « retro » des années soixante en se demandant quels en sont les caractéristiques historique, sonore
et technique, on peut essayer de répondre à la question posée en introduction.
Nous avons vu que le son caractéristique de la Soul des années soixante est un son admiré par un
courant de techniciens et de réalisateurs parce que les morceaux de ces labels sont sincères, naturel et
sans artifices. La sincérité est ancrée dans un contexte historique qui a marqué les Etats-Unis et le
monde entier, la Soul est faite pour marquer les jeunes Américains. La simplicité contrainte par la
technologie accessible à cette époque met l’accent sur la musicalité et le talent des musiciens.
Les intentions et techniques mises en place par les réalisateurs et les techniciens dans le but de
recréer le son « retro » sont complémentaires et s’inspirent du travail de leurs prédécesseurs des
années soixante. Gabriel Roth à une approche très radicale, ses techniques sont très proches de celles
utilisées par les techniciens de la Motown qu’il a appelé « Shitty is pretty ».
Nous avons vu avec le travail de Shawn Everett une recherche de basse fidélité (Lo-Fi) en utilisant des
outils anciens mais aussi des outils plus récents. Son approche est plus créative et ne se contente pas
de reproduire les techniques des années soixante. Les nouvelles technologies et l’expérimentation ont
leurs places dans la création et viennent compléter des choix qui font partis de la musique Soul.
Les intentions des réalisateurs influent sur les choix techniques mis en œuvre. Les choix techniques
servent les choix artistiques et l’interprétation des musiciens.
Pour certains réalisateurs les contraintes techniques qu’imposent les enregistreurs à bande par exemple
sont une condition pour créer de bons morceaux parce qu’ils forcent à créer efficacement. Ainsi les
défauts que les professionnels ont fuis pendant des décennies sont alors perçues comme des qualités.
Pour compléter cette réflexion on pourrait se demander si ce genre musical est indissociable du son retro ? Les morceaux de la Motown auraient-ils été aussi appréciés dans le temps s’ils avaient été enregistrés avec les moyens actuels ? De même ceux de Daptone auraient-ils le même succès si Gabriel Roth avait une aversion pour le matériel analogique ?